Ushijima

Ah ! Le Japon ! Tokyo, ses quartiers animés, ses habitants sympathiques, ses bons restaurants, ses mangas ! On aime le Japon, on aime les japonais, on lit japonais, on mange japonais et tout otaku du plus modéré au plus hardcore a, à un moment de sa vie, souhaité naître au Japon.

Depuis une quarantaine d'années, les mangas et le cinéma nous abreuvent d'images toutes plus attrayantes les unes que les autres. Si on sait que les histoires fantastiques des mangas n'ont rien à voir avec la réalité, on ne peut que se réjouir de l'existence de certaines séries qui peuvent montrer une facette de la réalité nipponne à vous glacer le sang. Ushijima en fait partie, et c'est avec grand plaisir que je vais tenter de partager avec vous mon regard sur cette série. Bonne lecture !

jaquette

Fiche:

Genre: Seinen
Style: Social - Suspense
Auteur: Shohei Manabe
Éditeur: Kana
Sortie (VO) : 2004
Volumes (VF): 22 (en cours)

Intro à rallonge

Expliquer Ushijima demande de faire un point rapide sur le manga, ce qui débouche fatalement sur la perception que le grand nombre a du Japon. Les mangas ont de tous temps été une fenêtre faisant découvrir au monde la culture du Pays du Soleil levant, c'est une donnée évidente. Ceux qui y ont vécu portent un tout autre regard sur la société nipponne, un regard plus modéré, plus réaliste, voire un poil plus flippant. Les mangas ont parfois ce gros défaut de présenter une société un peu décalée de la réalité, est bien naïf celui qui n'en a pas conscience.

Ushijima est à l'image même de ce que l'otaku lambda n'a pas l'habitude de voir. Un manga qui montre l'envers du décor au Japon, c'est assez rare pour être soulevé, surtout quand il est de cette qualité. Toute société aussi développée soit elle, a une part d'ombre. Et c'est justement là que Shohei Manabe nous emmène en balade.

Petit mot sur l'auteur

La carrière de Shohei Manabe connait ses débuts en 2000 avec la publication dans le magazine Afternoon de sa première oeuvre Smuggler, suivi en 2001 d'une courte série de 4 tomes nommé The End. C'est véritablement en 2004 que l'auteur commencera sa première série longue traitant du monde sombre et dangereux des yamikin : Ushijima.

 

planche 1

 

L'argent sombre sur l'île des vaches ?

planche 2

Ushijima signifie littéralement « île des vaches ». Une douce métaphore qui fait référence à un système de crédit abusif qui donne au Japon l'image d'une « la vache à traire ». C'est également le nom du personnage principal dont on suit le quotidien. Alors d'un point de vue du style c'est un gars assez atypique, grand, costaud, survêtement de marque, chaine en or ornée de la petite tête du lapin de Playboy. Car oui, ce gaillard aux allures de gangster a une passion dans la vie : les lapins !

Son métier: Yamikin (du japonais Yami : sombre et Kin : argent ou or), un usurier dont le fonds de commerce repose sur la dépendance qu'ont les modestes gens à certaines habitudes plus ou moins louables. La série est classée dans la catégorie seinen action, drame, tranche de vie. C'est cette dernière partie qui se révèle forte intéressante car on y découvre toute une panoplie de personnages liés de près ou de loin à Ushijima.

Buy Buy Finances, Cow Cow Finances, voici un exemple des multiples noms de cet organisme occulte dont le but premier est de prêter de l'argent à des personnes qui ont épuisé leurs droits d'emprunts aux institutions de crédits bancaires. Ushijima peut alors appliquer un taux d'intérêt exorbitant en faisant pression tant sur les petits bandits de quartier que sur les plus démunis sans distinction. 

On assiste alors à un défilé d'hommes et de femmes qui sont autant de facettes de la société Japonaise. Parmi les différents profils qui apparaissent dans les bureaux de l'usurier, on a la vieille qui se ruine au pachinko, la jeune employée d'une entreprise qui espère évoluer, la prostituée utilisée par son petit ami qui vit à ses crochets, le trentenaire qui vit encore chez ses parents, etc. Autant d'histoires poignantes qui engendrent tristesse, malheur, et parfois aussi : espoir.

La morale chez les Yamikin

Ushijima est avant tout un bon gars qui a des principes, il est respecté dans le milieu, et respecte à son tour les autres yamikin qui n'ont pas tous la même notion de la moralité que lui. Celles et ceux qui ont recours aux services de Buy Buy Finances le font pour assouvir un vice quelconque (jeux de hasard, prostitution, etc') ou encore, rembourser d'autres Yamikin ! Il ne prête pas de l'argent à n'importe qui, il enquête systématiquement sur les nouveaux clients et quand l'un deux ne peut pas rembourser, il fait ce qu'il faut pour récupérer son argent.

Le personnage impressionne tellement ses clients qu'il a très peu souvent l'occasion d'en arriver à des solutions extrêmes. Ushijima met un point d'honneur à ne jamais se mêler des affaires privés de ses clients, et quand il le peut, s'il a moyen de les dépouiller jusqu'au dernier sou, il le fera sans hésiter.

Découpage de la série

Les chapitres d'Ushijima sont assez intelligemment organisés. On commence avec des histoires courtes et indépendantes qui nous permettent de cerner l'esprit de la série. Très habilement l'auteur met en scène l'arrivée d'une nouvelle recrue dans la team d'Ushijima. On assiste à sa formation, et à ses premiers pas dans le métier. Rien de mieux pour nous faire entrer dans l'ambiance.

Au fil des tomes, les histoires s'allongent, proportionnellement à la complexité de l'univers du client concerné. Les petites affaires du début de la série prennent un ou deux chapitres. Plus on avance, plus elles finissent par s'étaler sur 3, voire 4 tomes entiers. Autre point sympa, Ushijima, bien que toujours présent en fond, n'intervient pas toujours directement dans la série. Il se retrouve parfois impliqué de manière totalement hasardeuse dans la vie de personnes étrangères à l'univers des yamikin. Ca donne une impression d'omniprésence des réseaux criminels au Japon (plus ou moins visibles).

 

planche 3

 

Et graphiquement alors ?

Le dessin, plutôt original, est dans la pure lignée de ces seinen qui arborent un style un peu « malsain ». Je pense à des séries comme Freesia, Frontier ou Syndrome 1866 qui traitent de sujets sérieux, matures, avec un style graphique qui frôle le brouillon. Mais l'effet est totalement assumé. On est loin des séries genre Naruto où l'effort mis dans les décors, les trames et les textes est inversement proportionnel au succès qu'elles connaissent.

Conclusion

Ushijima est une série qui dépeint les caractères d'un Japon trop peu évoqué dans l'astronomique quantité de séries qui nous parviennent de l'archipel nippon. La compassion, le dégoût, la pitié, la déception qu'on peut éprouver au fil des tomes envers certains personnages nous renvoie à nos propres travers.

Ushijima fait partie de ces séries qui offrent un autre point de vue sur une société que tant de personnes idolâtrent. Le tout mis en scène avec une grande maîtrise, et beaucoup de réalisme. N'hésitez pas, jetez-vous dessus !

 

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Le succès de la série est tel qu'elle est actuellement adaptée en drama! Et là, le pire est à craindre...

 

 

Critique faite par Alex, propriétaire de l'O-taku Manga Lounge.
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