Ces derniers mois ont été pour moi l’occasion de me (re)plonger à fond dans la lecture, et particulièrement dans le seinen. Par contre, inutile de vous dire que mes visites chez le psy ont pris un sérieux coup de boost. Autant j’ai pu gérer Syndrome 1866, Liar Game, Monster, et même Ushijima (c’est dire !), autant y’en a un qui m’a achevé… c’est Ikigami.

jaquette

Fiche:

Genre: Seinen
Style: Suspense - Drame
Auteur: Motoro Mase
Éditeur: Kaze
Sortie (VO) : 2005 (En cours)
Volumes (VF): 8 (En cours

Un mot sur l’auteur

auteur

Motorô Mase est né en 1969. Il commence sa carrière de mangaka en obtenant en 1998, le prix Shôgakukan du meilleur jeune auteur pour sa première œuvre « Area ». L’une de ses œuvres les plus populaires date de 2003. C’est « Heads » (adapté d’un roman de Keigo Higashino), l’histoire d’un jeune homme qui se prend un balle dans la tête au cours d’un braquage, et qui se réveille un mois plus tard après avoir subi la première greffe de cerveau.

Les troubles comportementaux qui s’en suivent teintent la série d’une profondeur psychologique qui montrera les prédispositions de Motorô Mase au genre thriller-psycho qu’il affectionne tant. 

C’est en 2005 que commence la publication dans Weekly Young Sunday de son œuvre phare « Ikigami » toujours en cours de parution, en France chez Kaze. Un film a été également vu le jour, mais le jeu d’acteur devrait vous tenir assez loin de cette daube.

Synopsis

Japon. La « loi pour la Prospérité de la Nation » est une disposition qui vise à faire prendre conscience au peuple japonais de la valeur de la vie.

Ainsi, chaque enfant à son entrée à l’école primaire reçoit un vaccin. Une simple formalité qui entraînera inéluctablement la mort d’un enfant sur mille âgé alors de 18 à 24 ans (un vaccin sur mille contient une capsule programmée pour provoquer la mort de son porteur à une date et à une heure bien précise).

Kengo Fujimoto est un fonctionnaire à l’état civil dont le travail est de remettre, 24 heures avant la mort d’une personne, l’Ikigami, un document officiel qui fera de celui qui le reçoit, un héros de la nation.

Nous suivons alors les condamnés pendant les dernières heures qu’il leur reste à vivre, jusqu’à l’instant fatidique où il disparaîtront dans l’honneur… ou dans la honte.

 

vaccination

 

Ca me fait chier ! Mais je ferme ma gueule…

En gros, « La prospérité nationale », t’es obligé d’aimer. Si t’aimes pas, et bien tu rejoindras le lot des « dégénérés » et tu pourras toi aussi prétendre recevoir l’injection mortelle dans les heures qui suivent. Au pire, si t’en parles à tes potes et que tu manifestes un peu trop tes réticences, ils te dénonceront. Dans le genre bien dégueulasse, ce modèle social touche au sublime. Ca rappellerait presque l’ambiance rideau de fer avec ce fameux moustachu qui a fait des millions de morts jusqu’à sa disparition en 1953.

Le truc cool, c’est que cette loi prévoit pour ceux qui passent leurs dernières 24 heures sans embrouilles, qu’une prime sera versée aux parents de celui qui est dignement mort pour la nation. Par contre, s’il a déconné (pillé un magasin, violé, tué ou juste critiqué ladite loi), alors là c’est honte sur la famille, poursuites, dommages et intérêts, perte de l’emploi et déménagement forcé. Sympa non ?

 

Ikigami Reçu

 

Un cerveau pour tous

Ikigami fustige les dégâts que peut provoquer le syndrome de la pensée unique et dépeint très subtilement (comme pour prévenir en quelque sorte) une dérive de la société, en l’occurrence japonaise. Nous savons tous plus ou moins la manière avec laquelle l’importance de la hiérarchie règne en maître dans l’archipel nippon.

L’auteur nous offre une vision sans équivoque de ce qui peut se passer, en extrapolant légèrement, dans une nouvelle société où tous les pires comportements humain paradent : méfiance, frustration, peur de l’autre, délation, au prix d’un pseudo idéal de conservatisme nationaliste exacerbé.

Ikigami choque, mais pas que. Il révolte par la manière dont le desespoir et le malheur s’abat sur des gens qui n’ont rien demandé et qui devrait être sacrifiés pour le soi-disant bien commun. Aucun n’est épargné : l’étudiant victime de brimades régulières, la jeune mère de famille, le jeune chanteur promis à une brillante carrière, le repris de justice, et j’en passe…

Alors oui, Ikigami peut être abordé comme une succession de petites histoires certes plus déprimantes les unes que les autres, mais incroyablement touchantes. Parce qu’au contraire d’un Ushijima, où tous ceux qui souffrent l’ont pas mal cherché, Ikigami nous immerge dans une détresse telle qu’on en oublie presque que c’est une fiction !

L’idée de se voir remettre un Ikigami dans les minutes qui arrivent, ou de voir un proche le recevoir nous passe forcément par la tête au fil des personnages que nous croisons, et auxquels nous nous attachons trop souvent.

Un scénario de fond se tisse en parallèle dès lors que l’ambiance finit doucement par peser sur Fujimoto, ce jeune employé municipal qui avec le temps se posera un peu trop de questions sur le bien fondé du concept de prospérité nationale.

Ce qui le mettra passablement en mauvaise posture vis-à-vis de la hiérarchie, avec les risques et les  conséquences que cela peut entrainer.

 

pour le bien de tous

 

Côté graphique

Pas grand-chose à redire. Mase a de l’expérience et ça se voit, il choisit scrupuleusement ses plans, avec une précision digne des grands auteurs et dessinateurs contemporains. Il apporte un soin particuliers aux expressions des personnage et se focalise beaucoup sur leurs yeux qui en disent long, vous pensez bien vu le contexte.

L’exercice n’est pas aisé, mais la finesse du trait et le scénario se complètent si bien qu’on en oublie les petits défauts de cette superbe série ; car oui, des défauts, même s’ils sont rares, il y en a !

Ikigami

 

J’aime moins…

Les décors. Les intérieurs, et les plans rapprochés sont bien traités, mais je regrette le travail à mon sens bâclé des grands espaces. Pourquoi ? Parce que Photoshop est passé par là.

Alors oui, de nos jours la plupart des auteurs travaillent d’après photo, ce qui ne me gène pas plus que ça. Mais là c’est abusé. On perçoit clairement la technique employée pour donner un effet dessin à la photo.

Autre chose, la trame de fond. Elle met beaucoup de temps à se mettre en place. Parce que oui, Fujimoto est le personnage principal, mais son histoire à lui est extrêmement diluée sur l’ensemble.

Alors les doutes qu’il émet sur le système vont lui coûter cher, on sent le truc venir, mais il se passe jamais rien de concret, même après tomes (ou peut être une fois, mais j’aimerais éviter le spoil autant que faire se peut).

 

ikigami

 

Conclusion

Motorô Mase qui est doué pour le genre psychologique, nous renvoie à d’autres auteurs où des modèles sociaux sont décrits comme des lieux de contrôle extrême du genre humain, tant au niveau idéologique que physiologique, voire génétique. On pense à des auteurs comme Huxley, K.Dick ou Asimov.

Ikigami est un seinen palpitant, qui nous montre le quotidien de gens qui même s’il est fictif, nous mène à des réflexions sur notre propre condition. C’est là, à mon sens que réside la force du genre seinen. Un manga qui vous prend au tripes et qui vous montre une société à laquelle vous ne voulez sous aucun prétexte appartenir, même si elle pointe peut-être déjà le bout de son nez.

Jetez-vous dessus si ce n’est pas déjà fait !

 

Critique faite par Alex, propriétaire de l'O-taku Manga Lounge.
Retrouvez cette critique et plein d'autres sur le site de notre partenaire http://www.plugngeek.net

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